L’aménorrhée hypothalamique ne concerne pas que les mannequins squelettiques !

Vous n'avez plus vos règles ? Il existe une myriade de raisons pouvant expliquer cela - mais l'une d'entre elle est très fréquente : c'est l'aménorrhée hypothalamique. Et non, elle n'est pas réservée aux coureuses olympiques ou aux mannequins squelettiques ! Elle peut arriver à toutes, et elle peut entraîner de l'acné...

Qu'est-ce que l'aménorrhée hypothalamique ?

L'aménorrhée hypothalamique est une maladie caractérisée par un arrêt de la menstruation. L'origine du problème se situe au niveau du cerveau.

Dans un cycle féminin "normal" il y a une communication constante entre le cerveau et les ovaires.

Plus précisément, l'hypothalamus (une partie du cerveau) envoie des signaux  à l'hypophyse (une autre partie du cerveau).

L'hypophyse produit alors :

  • de la LH (hormone luténéisante),
  • de la FSH (hormone folliculo-stimulante)
  • et de la prolactine 

Ces hormones vont à leur tour "parler" aux ovaires, qui vont produire :

  • de l'oestrogène
  • de la progestérone
  • et de la testostérone

... ce qui en retour va "parler" au cerveau. C'est donc un dialogue constant.

Dans le cas de l'aménorrhée hypothalamique, la communication est bloquée dès le départ. Elle est inexistante : l'hypothalamus n'envoie plus à l'hypophyse les signaux nécessaires pour qu'elle "parle" aux ovaires. L'ovulation n'a pas lieu, et donc vous n'avez pas vos règles. 

C'est un problème, car une ovulation régulière vous permet d'avoir des niveaux adéquats d'oestrogènes et de progestérone, indispensables à votre santé, à votre bien-être... et à votre peau.

Quels sont les signes de l'aménorrhée hypothalamique ?

L'aménorrhée hypothalamique peut se traduire par :

  • une absence complète de règles
  • des saignements faibles et irréguliers
  • une fatigue
  • de la dépression 
  • des troubles du sommeil
  • de l'acné
  • une peau sèche
  • une libido absente
  • une constipation fréquente
  • une hypothyroïdie ou des signes classiques de l'hypothyroïdie (ongles cassants, une grande sensibilité au froid, léthargie..)

C'est une question d'évolution... 

Il est facile de comprendre pourquoi l'aménorrhée hypothalamique peut se produire. C'est une question d'évolution.

Nous vivions autrefois comme des chasseurs-cueilleurs. S'il y avait une famine ou un stress important (comme une attaque ou l'obligation de fuir et d'accomplir de longues distances), une femme enceinte ne pouvait pas survivre.

La femme a donc développé une sensibilité aigüe au stress - qu'il soit physique ou psychique. Cette sensibilité l'empêche dans ces situations de tomber enceinte  - ce qui mettrait sa vie en danger.

En clair, le cerveau perçoit que la femme n'est pas dans une bonne situation pour donner la vie - et l'empêche de se mettre en danger. L'aménorrhée hypothalamique est donc un mécanisme de protection.

Qu'est-ce qui peut occasionner l'aménorrhée hypothalamique ?

Beaucoup d'entre nous sommes conscients que la pratique d'un sport intense ou l'anorexie peuvent stopper les règles.

Mais l'aménorrhée hypothalamique est très courante. On estime que 10% des femmes peuvent être un jour concernées. 

Il est donc important de comprendre que notre cerveau peut stopper l'ovulation très facilement. Vous n'avez pas besoin d'être une athlète ou une brindille famélique pour cela.

Les règles peuvent donc s'arrêter pour des raisons évidentes :

  • Trop d'exercice physique 
  • Un stress psychologique important (rupture, divorce, perte d'un proche, etc..)
  • Un indice de masse corporelle (IMC) inférieur ou égal à 19 (en clair : on est trop maigre...)

Mais le processus peut s'enclencher également quand :

  • il y a eu une perte de poids rapide ou importante, et ce quel que soit le poids à l'arrivée. Toutes les femmes atteintes d’aménorrhée hypothalamique ne sont pas minces. Si vous étiez en surpoids et avez perdu du poids (+ de 5 kilos), il se peut que vous soyez atteinte d’aménorrhée hypothalamique, même si vous avez aujourd’hui un poids de forme.
  • si on ne mange pas suffisamment de matières grasses (et encore ici, quel que soit le poids de la personne)
  • si on ne mange pas suffisamment de glucides (c'est pourquoi les régimes paléo extrêmes peuvent ne pas convenir à certaines femmes)
  • si on ne mange pas suffisamment par rapport à sa dépense physique (apport calorique insuffisant, encore ici, quel que soit le poids de la personne)
  • à l'arrêt de la pilule contraceptive (la pilule  interrompt la communication entre le cerveau et les ovaires longtemps, la discussion peut avoir du mal à se remettre en place)
  • chaque femme a une tolérance à l'exercice physique différente. Pour certaines d'entre nous, une heure de sport par jour sera déjà trop...

Est-ce dangereux ?

Cela peut l'être si la situation se prolonge. En effet, l'oestrogène a un effet protecteur sur la santé des os. En cas d'aménorrhée hypothalamique prolongée, les os de la femme peuvent se fragiliser. C'est pourquoi l'absence de règles ne doit pas être prise à la légère.

Comment distinguer l'aménorrhée hypothalamique et le S.O.P.K. (syndrome des ovaires polykystiques) ?

Ces deux conditions se ressemblent -en ceci qu'elles se caractérisent toutes les deux par l'absence de règles et souvent la présence de multiples follicules ovariens.

Généralement cependant le bilan sanguin permet d'établir la différence. En effet, l'aménorrhée hypothalamique se traduit par un manque de certaines hormones. Le SOPK, lui, se traduit généralement par un excès.

À titre d'information, voici un tableau des différences possibles (attention, cela ne veut pas dire que cela s'applique à vous, c'est au médecin de déterminer !)

En règle générale,  l'hypothèse d'une aménorrhée hypothalamique doit être exclue avant que le médecin puisse faire un diagnostique de SOPK.

En d'autre terme, il faut vérifier qu'il n'y a pas d'aménorrhée hypothalamique en premier, puis poser éventuellement le diagnostique de SOPK.

Que faire en cas d'aménorrhée hypothalamique ?

La bonne nouvelle, c'est que l'aménorrhée hypothalamique étant le plus souvent lié au mode de vie, il est relativement facile d'y remédier. 

Il faut avant tout s'interroger sur ce qui a pu occasionner le stress (physiologique ou physique) et l'éliminer.

Les bonnes questions à se poser :

  • Est-ce que j’ai perdu au moins 5 kgs ces derniers temps ou il y a quelques mois voire années ?
  • Est-ce que je fais du sport ou est-ce que j’ai fait du sport régulièrement et/ou excessivement récemment ou par le passé ?
  • Est-ce que je restreins ou est-ce que j’ai restreint mon alimentation en comptant les calories ?
  • Est-ce que je restreins ma consommation de certains macronutriments (glucides, lipides) ?
  • Est-ce que j'ai essayé différents régimes ou limité ma ration alimentaire de quelque façon que ce soit ?
  • Est-ce que mon IMC est autour de 19 ou en dessous ?
  • Est-ce que j'ai arrêté la pilule ?
  • Est-ce que je pense constamment à la nourriture ?
  • Est-ce que mes séances de sport sont ma priorité et est-ce que je les exécute quelles que soient les conditions (je suis épuisée, malade, il faut que je me dépêche…) ?
  • Est-ce que je suis très souvent stressée ?
  • Est-ce que j'ai eu un choc psychologique ?
  • Est-ce que je me pèse très souvent pour vérifier si je n’ai pas (trop) pris de poids ?

Alors je fais quoi ?

En pratique, la stratégie gagnante consiste le plus souvent à combiner quatre gestes principaux :

  • manger plus : il faut manger suffisamment de calories et ne pas restreindre de catégories d'aliments. Beaucoup de femmes souffrant d'aménorrhée hypothalamique doivent manger au moins 2500 calories par jour. Certaines ont besoin de plus.
  • modérer fortement l'exercice physique: dans un premier temps, il est préférable de stopper les activités de type running, cross fit ou musculation. Des activités douces, comme le Pilates, le yoga, la marche, sont préférables... et on peut même choisir de ne rien faire du tout ! 
  • se relaxer : la réduction du stress est souvent fondamentale, ainsi qu'un sommeil de qualité
  • être patiente : le délai médian pour retrouver ses règles après avoir initié ces gestes est de 6 mois

Par ailleurs, la pratique de l'acuponcture donne souvent d'excellents résultats en cas d'aménorrhée hypothalamique. Pensez-y !

Et ma peau, dans tout ça ?

Si votre aménorrhée hypothalamique s'accompagne d'acné, ou d'une peau sèche et terne, la reprise d'un cycle normal devrait progressivement améliorer l'état cutané. En effet, vous allez retrouver une ovulation. Cela vous permettra progressivement d'obtenir des niveaux adéquats d'oestrogène et de progestérone, ce qui a un effet positif sur la peau.

Et vous ? Vos règles se sont-elles déjà arrêté à la suite d'un stress, d'un régime ou d'une pratique sportive trop intense ?  Partagez !

A propos Emanuelle Haudegond

Emanuelle Haudegond est la fondatrice de beaute-pure.com, un site dédié au bien-être féminin hormonal naturel et à la beauté de la peau. Spécialiste de la peau, diplômée de l'état de Californie, elle a longtemps travaillé auprès de dermatologues et de chirurgiens plasticiens avant de fonder sa propre clinique de soins esthétiques à Los Angeles. Elle a ainsi aidé des milliers de femmes de tous âges à retrouver santé de la peau et bien-être à chaque étape de la vie. Passionnée par la peau, guidée par des principes naturopathiques, elle partage au fil des articles de beaute-pure.com sa philosophie et ses astuces pour une peau magnifique et une vie de femme au naturel. Vous trouverez également dans son e-boutique, beaute-pure-boutique.com, une sélection de ses produits de beauté préférés, adaptés aux peaux à problèmes, et des compléments alimentaires brevetés.

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  • Lucile dit :

    C’est exactement ce dont j’avais besoin! J’ai arrêté la pilule en mai 2018 je n’ai plus rien depuis… 15 ans de pilule et je suis « maigrichonne ». Je mange très sainement et ai l’impression de faire la part belle aux bonnes graisses en revanche j’ai baissé les glucides suite aux recommandations de ma Nutritherapeuthe. Ma gynécologue m’a prescrit des estrogenes artificielles mais je suis dans une démarche naturelle auriez-vous des conseils à me donner? Merci encore pour vos sujets qui sont tellement intéressants ! Dommage que vous ne soyez plus en France !

  • Doriane dit :

    Enfin une définition claire de l’aménorrhée que j’ai eu en 2016 suite à un régime un peu obsessionnel ! Merci pour l’article, très intéressant !
    Pour ma part, on m’avait parlé du manque de glucides et lipides (j’avais d’ailleurs quasiment exclu les glucides de mon alimentation pendant 2/3 mois); j’ai aussi essayé les infusions de feuilles de framboisier; pour finalement au bout d’un an et demi me tourner vers les déclenchements chimiques…
    Bonne soirée !

  • Louise dit :

    Bonjour, je vous remercie pour cet article très intéressant. J’ai quasiment toutes les caractéristiques que vous mentionnez mais mes règles n’ont pas disparus complètement, cependant depuis l’arrêt de la pilule en mai 2018 j’ai combiné tous ces symptômes (perte poids, stress, changement de régime, acné, follicules etc) et mes cycles se sont anormalement rallongés jusqu’à 50 jours. Je n’ai pas non plus le SOPK. Peut on quand même parler d’aménorrhées ? Je vous remercie bonne journée !

    • Louise dit :

      (j’ai oublié de préciser aussi qu’immédiatement après l’arrêt de la pilule je me suis faite poser un stérilet en cuivre, que j’ai récemment soupçonné d’aggraver mes symptômes et que j’ai fait retirer il y a 3 semaines, pensez-vous que cela est aussi lié ? J’ai entendu parler du bourgeon de framboisier pour ce genre de problèmes le conseillez-vous ? merci encore)

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